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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 09:26

         Bonsoir Monsieur Didierlaurent.

 

         Vous êtes parmi nous ce soir  pour la remise du prix «Complètement Livres» 2015 pour votre roman «Le liseur du 6h27», soyez le bienvenu.

Vous avez déjà reçu de nombreux prix pour cet ouvrage et entendu maints éloges à son sujet .

Pour ma part, voici ce que votre livre m'a inspiré.

 

         Votre roman, à clé,c'est l'histoire de Cendrillon, revisitée: une belle rencontre entre un  homme et une femme,d'accord ,mais pas que.Jugez en plutôt:

 

         «Voilà , je suis une feuille de papier pelure imprimée ,rescapée du pilon.Mon sauveur, il se prénomme Guylain,m' a lu  à haute voix ce matin dans le TER de 6h27 . Il lit  tous les matins un texte différent récupéré comme moi.Ce soir-là, de retour dans son studio,il m'a déposée dans le meuble où il range méthodiquement tout ce qu'il a lu.

         D'habitude,après avoir nourri son poisson rouge, il se prépare un petit souper avant d'aller bien vite se coucher.Hors, ce soir là, je l'entendis fouiller la poche de sa veste, puis s'installer devant son ordinateur .Il y resta fort longtemps et bien tardivement, imprima pas mal de feuilles ,72 au total, si j'ai bien compté.Avant de s'aliter et d'éteindre la lumière, il déposa dans le tiroir, juste à côté de moi,un petit objet.J'eus le temps de le reconnaître, avant qu'il ne le referme:une clé USB.

.        Super me dis-je ,une jeune collègue.Il faut vous dire qu'elle et moi partageons le même destin en tant que support d'information. Je suis  faite de papier ,couverte de caractères imprimés, perpétuant une tradition millénaire depuis l'invention de Gutenberg, tandis qu'elle ,avec sa mémoire électronique, elle représente la modernité, à l'ère du numérique.Nous avons notre propre langage, puisqu' issues de la même famille:le langage des signes,bien sûr inaudible pour tous les  êtres humains.

         Après les salutations d'usage, je lui proposai de raconter mon histoire.

         Celle-ci avait commencé il y avait bien longtemps.Une jeune femme passionnée d'écriture, avait produit un petit roman intimiste .Il parlait d'un jeune homme un peu paumé, cherchant sa voie dans une communauté hippie, jusqu'à ce jour, où ,sa sœur apprit sa mort,soit-disant accidentelle .Pas convaincue par les explications reçues du groupe, elle lança sa propre enquête pour comprendre les vraies raisons de la mort de ce frère bien aimé.

         Aucun éditeur n'avait voulu de son manuscrit.Elle le publia avec l'aide d'une de ces nouvelles maisons d'édition qui ,moyennant finance, réalise votre  rêve d'écrivain..

         Son roman connut un petit succès d'estime,auprès de ses proches ,mais rapidement les ventes cessèrent ,faute d'un accompagnement publicitaire suffisant.Les invendus finirent un jour empilés avec des monceaux  de livres et autres magazines, dans un immense hangar ouvert à tous les  vents.Puis ce fut la direction du pilon.

          En réalité, j'échappai à la destruction. Je suis en fait la page 72 d' un des exemplaires du roman pré-cité,destinés au recyclage. Manipulé sans ménagement, le livre dans lequel je me trouvais ,était déjà en bien piteux état au moment où l'employé le projeta dans la gueule de la broyeuse .J'ai cru ma dernière heure arrivée quand ,dans un vacarme étourdissant, je fus entraînée par un courant d'air et d'eau vers ces dents d'acier géantes qui devaient me dévorer. Par miracle j'échappai de justesse à la mort. Trempée jusqu'aux os, je tourbillonnai tout le jour dans un espace exigu avec quelques autres pages ,elles aussi rescapées,à deux doigts des lames meurtrières, de cette infernale machine.Quand enfin celle-ci s'arrêta,flasque et morte de fatigue, je me laissai choir au fond de la trémie.

         C'est là que,délicatement, Guylain, l'ouvrier en charge de la machine, vint me retirer.  Après m'avoir séchée et remise en état,il me rangea précautionneusement ,entre deux buvards  bien doux, dans sa besace. Le matin,assis dans le train, il me sortit de sa serviette en cuir et lu à haute voix l'extrait du roman d'où je provenais.

 

         - Quant à moi,dit la clé USB, je viens de très loin. Je suis née dans une usine en Chine où je fus successivement découpée,implantée avec divers composants électroniques, collée,soudée, vernissée,encapsulée, testée,munie d'un  connecteur métallique rutilant, et habillée d'une jupette en plastique rouge grenat, avant de finir  ensachée.Après bien des péripéties, je me retrouvai suspendue à un présentoir dans un  magasin du centre commercial d' Evry 2. J'étais au troisième rang sur le support de vente.Je dus attendre avant d'arriver en tête et d'exhiber enfin mes formes et mes mensurations généreuses: 72 Gbits  (64 + 8 gratuits)  pour que quelqu'un veuille bien m'acquérir.

         Ce fut une dame qui m'adopta .Elle s'appelait Julie. Elle avait pour métier l'entretien des lieux d'aisance  de ce centre commercial,un endroit où défilait en permanence, une foule de gens venus là pour satisfaire leurs besoins naturels. Insérée dans son ordinateur portable ,qu'elle tenait  à ses pieds,du matin au soir, j'assistais,comme elle, à ce balai de personnes en quête de recyclage de leurs nourritures terrestres.

 

         -Ah,reprit la feuille, mais alors Guylain est comme ta Julie, un écologiste en quelque sorte, mais lui, il recycle plutôt des nourritures spirituelles.Mais dis-moi que faisait-elle avec toi? 

 

         - Eh bien c'est simple. Pendant la journée, je l'attendais sagement  les pieds bien au chaud dans son ordinateur.Quand elle s'asseyait dans son petit local vitré, entre deux séances de nettoyage des lieux,elle écrivait  avec son stylo dans de petits calepins.Le soir, à la maison, elle tapait sur son ordinateur tout ce qu'elle avait écrit durant la journée ,puis, elle  m'envoyait son fichier ,pour l'enregistrer. Je jetais aussitôt un œil sur son texte. Elle écrivait très bien. Elle parlait de tout, d'elle, des gens qu' elle voyait, les pressés, les polis,les malpropres, les silencieux, les pingres, les affreux.Son royaume  était un vrai théâtre, avec des acteurs sans cesse renouvelés, ainsi que  les dialogues.Elle notait subtilement tout ce qui la touchait, de ce monde  tourbillonnant: le comique comme le tragique .Tout cela m'amusait beaucoup et chaque jour, j'étais  impatiente de connaître la suite de l' histoire. Puis un jour, elle m'a perdue dans un train, en allant visiter sa copine en banlieue.Ce matin un homme, c'était donc ton Guylain, m'a trouvée en refermant son strapontin et  glissée dans la poche de sa veste. Le reste tu le sais comme moi.Je suis triste d'avoir perdu mon amie Julie.J'aimerais bien la retrouver.»

 

         L'histoire c'est que Guylain aussi, fut fasciné par les écrits de cette inconnue. Lui l'amateur de mots et de poésie se découvrait un double ,amateur de belles lettres. Il avait imprimé les  textes extraits de la clé. Chaque matin il en lisait un passage aux voyageurs ravis de ces tranches de vie.Il désirait, autant que la clé ,rencontrer cette Julie dont on pouvait penser qu'il allait en tomber amoureux ,à l'instar du prince de Cendrillon.

         Et comme dans ce joli conte, le prince Guylain finit par retrouver sa princesse Julie tant désirée.Il lui rendit la précieuse clé qui ,comme par hasard, contenait bien exactement 72 textes , le même chiffre que celui  imprimé sur la dernière page qu'il avait lue, juste avant de la trouver. Il y vit un signe  prémonitoire,une heureuse coïncidence qui ne pouvait que renforcer son attirance pour  elle.

 

         Ils se marièrent, eurent beaucoup d'enfants et longtemps après, quittèrent la Terre pour le Paradis.On trouva dans leur chambre ,accrochés au mur, au dessus de leur lit ,deux petits cadres poussiéreux. Dans le premier,il y avait une feuille de papier jaunie avec un numéro de page encore lisible:72, dans l'autre il y avait une vieille clé USB  à la robe grenat un peu ternie.Ces deux là,aussi ne s'étaient pas quittés depuis leur rencontre. Ils ont veillé  tout ce temps avec tendresse sur le bonheur de leurs bienfaiteurs qui les avaient conservés ,tous deux, en guise de talismans.

         Vous voyez ,des objets aussi peuvent se rencontrer et se prendre d'amitié.

         Bon le bonheur existe, et si vous ne me croyez pas, lisez le livre de Monsieur Didierlaurent: vous y trouverez la clé, car comme disait ma tante (tantologisme no 72): le bonheur existe,il suffit de trouver la clé.

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Published by L'équipe complètement livres !
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